Sékou Kourouma, 92 ans et pionnier du Gbassikolo Jazz, se retrouve sans droits d’auteur ni prise en charge médicale

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Membre fondateur et ancien chef d’orchestre du Gbassikolo Jazz, maître Sékou Kourouma appartient à cette génération de musiciens qui a contribué à écrire les premières grandes pages de la musique moderne guinéenne. Guitariste, compositeur et formateur de plusieurs instrumentistes, il a joué devant le président Ahmed Sékou Touré, Myriam Makeba et Manu Dibango. Pourtant, à 92 ans, cette mémoire vivante de la culture nationale affirme vivre dans la misère, sans reconnaissance, sans droits d’auteur et sans véritable prise en charge médicale.

Dans un entretien accordé à Guinéenews, le doyen décrit avec amertume l’abandon dont il estime être victime : « Aujourd’hui, personne ne parle de moi. Je suis totalement abandonné».

Malgré des œuvres autrefois diffusées régulièrement sur les antennes de la Voix de la Révolution, il assure n’avoir jamais perçu la moindre rémunération au titre de leur exploitation : « Depuis tout ce temps, je n’ai jamais bénéficié d’aucun droit d’auteur. Je suis complètement ignoré dans ce secteur».

Sa seule ressource reste aujourd’hui sa pension, alors qu’il est souffrant. Il affirme également ne bénéficier d’aucune assistance médicale : « Je ne bénéficie de rien : ni de prise en charge médicale, ni même de mes droits d’auteur».

Son quotidien contraste brutalement avec son parcours. Celui qui a formé plusieurs guitaristes et contribué au développement des orchestres guinéens vit désormais retiré, loin des scènes et de l’attention publique. À la question de savoir ce qu’il ressent face à son héritage, sa réponse est glaçante : « Je ne ressens que le regret et l’amertume. Tout ce monde m’a oublié». Ses compagnons de vieillesse, confie-t-il, se résument désormais à « la bouilloire, le chapelet et le tapis de prière ».

Conscient du temps qui lui reste, maître Sékou Kourouma lance un ultime appel aux autorités culturelles : « Je demande aux autorités de se pencher sur mon sort. » Plus qu’une demande d’assistance, il réclame la dignité et la reconnaissance dues à ceux qui ont servi la culture guinéenne : « Nous avons posé des actes pour ce pays. En retour, la reconnaissance serait le plus beau cadeau à nous offrir de notre vivant».

À travers son témoignage, c’est une réalité plus large qui refait surface car en Guinée, nombre d’artistes ayant écrit les plus belles pages de l’histoire culturelle continuent de tirer le diable par la queue. Les hommages arrivent encore trop souvent après leur disparition, lorsque la reconnaissance ne peut plus améliorer leur quotidien.

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