8 musées et 8 centres culturels régionaux : la révolution culturelle engagée par Moussa Moïse Sylla

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Avec la construction annoncée de seize infrastructures culturelles dans les huit régions administratives du pays, la Guinée amorce l’un de ses plus importants chantiers culturels depuis plusieurs décennies. Après N’Zérékoré, Faranah et Kankan, où les travaux ont officiellement été lancés en juillet 2026, cinq autres régions attendent encore leur calendrier. Au-delà des bâtiments, le programme porté par Moussa Moïse Sylla ambitionne de réconcilier patrimoine, création contemporaine et développement territorial.

Pendant longtemps, la culture guinéenne a rayonné par la force de ses artistes, la richesse de ses traditions et la diversité de ses expressions. Mais ce dynamisme a rarement été accompagné par des infrastructures capables de conserver les patrimoines, d’accueillir les créateurs et d’offrir aux populations un accès régulier aux œuvres.

À l’intérieur du pays, de nombreux artistes continuent de créer sans salles de répétition adaptées, sans galeries permanentes, sans équipements techniques professionnels et sans espaces consacrés aux résidences, aux formations ou à la diffusion artistique.

Le patrimoine est confronté à une fragilité similaire. Objets anciens, instruments de musique, archives, photographies, récits oraux et savoir-faire demeurent souvent dispersés dans les familles ou conservés dans des conditions précaires.

C’est à cette double urgence que veut répondre le Programme national de construction des musées et centres culturels régionaux, porté par Moussa Moïse Sylla, second ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat depuis le 5 septembre 2021.

Deux infrastructures dans chacune des huit régions

Présenté officiellement le 12 juin 2026 parmi les projets structurants du ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, le programme prévoit la construction d’un musée régional et d’un centre culturel dans chacune des huit régions administratives de la Guinée.

Le dispositif repose sur deux fonctions complémentaires. Un musée régional dont la vocation est de collecter, conserver, documenter, étudier et transmettre le patrimoine matériel et immatériel propre à chaque territoire. Et un centre culturel qui doit, quant à lui, accueillir la création contemporaine, les spectacles, les formations, les résidences artistiques, les festivals, les conférences et les initiatives entrepreneuriales portées par les artistes et les professionnels des industries culturelles et créatives.

À terme, huit musées et huit centres culturels devraient ainsi former un réseau national reliant mémoire, recherche, éducation, tourisme, création et économie culturelle.

Inscrit dans la dynamique du Programme Simandou 2040, ce chantier traduit une ambition politique forte dont l’ambition, selon des informations, est de faire en sorte que les investissements issus de la transformation économique du pays contribuent également à préserver son patrimoine et à préparer l’avenir de ses créateurs.

N’Zérékoré ouvre le chantier national

La phase opérationnelle du programme a débuté le 20 juillet 2026, à N’Zérékoré, avec la pose de la première pierre du musée régional et du centre culturel de la Guinée forestière.

Le choix de cette région pour ouvrir le chantier national n’est pas anodin. La Guinée forestière concentre une remarquable diversité de langues, de masques, de danses, de récits initiatiques, de traditions musicales, de pratiques artisanales et de connaissances liées à la nature. Malheureusement, une grande partie de ce patrimoine reste conservée au sein des communautés, sans véritable dispositif institutionnel pour en assurer l’inventaire, la documentation et la transmission.

Le complexe culturel annoncé doit être construit sur une superficie de 11.968 mètres carrés. Il comprendra notamment des galeries d’exposition permanente et temporaire, une bibliothèque, des salles de conférence, des ateliers de création, des espaces d’hébergement et de restauration, des boutiques de souvenirs, une billetterie, des locaux techniques, des espaces verts et des voiries intérieures. Le chantier, confié à l’entreprise MC Groupe, disposera d’une capacité de 1.500 places, selon des informations recueillies..

Au-delà de sa fonction patrimoniale, le futur complexe pourra devenir un espace professionnel pour les musiciens, comédiens, danseurs, conteurs, plasticiens, photographes, artisans et entrepreneurs créatifs de la région. S’il bénéficie d’une programmation régulière, il pourra également stimuler l’hébergement, la restauration, le transport, l’artisanat, le tourisme et les différents métiers techniques liés au spectacle.

Faranah, entre mémoire nationale et création

Deux jours après N’Zérékoré, Moussa Moïse Sylla a lancé, le 22 juillet dernier, les travaux du musée régional et du centre culturel de Faranah.

La région occupe une place particulière dans l’histoire politique de la Guinée. Terre natale d’Ahmed Sékou Touré, premier président de la République, elle possède également un important patrimoine mandingue composé de récits, de musiques, de pratiques communautaires, d’objets historiques et de savoir-faire artisanaux encore insuffisamment documentés.

Le complexe de Faranah doit lui aussi être réalisé sur une emprise de 11.968 mètres carrés. Les installations annoncées comprennent une administration, des galeries d’exposition permanente et temporaire, une bibliothèque, des salles de conférence, des ateliers, des espaces d’hébergement et de restauration, des locaux techniques, des commerces, une billetterie, des équipements de sécurité et des espaces verts.

Le futur musée devra permettre de rassembler des archives, des photographies, des objets, des témoignages oraux et des productions artisanales aujourd’hui dispersés. Mais son récit ne devra pas se limiter à une personnalité ou à une période historique. L’enjeu sera de restituer toute la profondeur de Faranah à travers ses communautés, son organisation sociale, ses traditions, ses activités économiques, ses grandes figures et ses transformations contemporaines.

Le centre culturel pourra, de son côté, offrir aux jeunes talents un espace pour se former, créer, présenter leurs œuvres et rencontrer des partenaires sans dépendre systématiquement d’un déplacement à Conakry.

Kankan, future maison de la mémoire mandingue

La troisième étape du programme est intervenue le 23 juillet dernier, à Kankan, avec la pose de la première pierre du musée régional et du centre culturel dans le quartier Aéroport.

Le complexe sera également construit sur une superficie de 11.968 mètres carrés. Il devrait comprendre des galeries permanentes et temporaires, une bibliothèque, des salles de conférence, des ateliers de création, des espaces d’hébergement et de restauration, des commerces, des boutiques de souvenirs, une billetterie, des locaux techniques, des équipements de sécurité, des parkings et des espaces verts.

À Kankan, le futur musée est appelé à devenir une véritable maison de la mémoire de la Haute-Guinée. Il pourra documenter les grands ensembles historiques et culturels mandingues, la Mamaya, le Doundoumba, les traditions musicales, les récits oraux, l’artisanat et les expressions contemporaines. La présence d’une bibliothèque et de salles de conférence ouvre également la voie à des collaborations avec l’Université Julius-Nyerere de Kankan. Des programmes de recherche, de stages, de documentation, de numérisation des archives et de production d’expositions scientifiques pourraient y être développés.

Le centre culturel pourra fonctionner comme un incubateur de talents. Les artistes y trouveront des espaces pour créer, répéter, se former et présenter leurs œuvres. Les détenteurs de traditions pourront y transmettre leurs connaissances, tandis que les jeunes générations disposeront d’un cadre professionnel pour expérimenter de nouvelles formes artistiques.

Dans une ville universitaire et commerciale comme Kankan, l’infrastructure pourrait également soutenir la production de spectacles, la régie, la sonorisation, la lumière, la photographie, la communication, le design, l’artisanat, la restauration et le tourisme.

Cinq régions encore dans l’attente

Pour Boké, Labé, Mamou, Kindia et Conakry, le principe de construction d’un musée et d’un centre culturel est bien inscrit dans le programme national. Toutefois, aucun calendrier officiel de lancement des travaux n’a encore été rendu public.

Les superficies, les sites d’implantation, les entreprises chargées de la réalisation, les délais d’exécution et la configuration détaillée des complexes de ces cinq régions n’ont pas non plus été officiellement précisés.

Moussa Moïse Sylla, architecte d’une nouvelle décentralisation culturelle

À travers ce programme, Moussa Moïse Sylla ne porte pas uniquement un chantier immobilier. Il contribue à redessiner la carte culturelle de la Guinée.

Le pays avait déjà connu, après l’indépendance, une forte territorialisation de la politique culturelle à travers les orchestres, les ballets et les ensembles artistiques régionaux. Le projet actuel ne constitue donc pas la première expérience de décentralisation culturelle de l’histoire guinéenne.

Il représente néanmoins, pour la première fois depuis plusieurs décennies, une tentative de construire simultanément un réseau moderne de musées et de centres culturels couvrant les huit régions administratives.

La portée du programme réside précisément dans cette ambition systémique de relier patrimoine, recherche, éducation, création, tourisme et entrepreneuriat culturel au sein d’institutions permanentes.

 

Alpha Camara pour CAURI.INFO, le média des cultures et des richesses créatives.

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