À l’occasion de la présentation de son nouvel album, Tiranké Sidimé a tenu à corriger une perception qu’elle juge erronée. Selon elle, l’internationalisation de la musique guinéenne n’est pas un phénomène récent.
Bien avant l’arrivée d’Internet et des réseaux sociaux, plusieurs générations d’artistes guinéens étaient déjà écoutées, distribuées et consommées à travers le monde. « La musique guinéenne a toujours été une musique internationale. Il faut que les gens se rendent compte que ce n’est pas maintenant que la musique guinéenne arrive à l’international», indique t-elle.
Une histoire portée par plusieurs générations
Pour défendre cette affirmation, Tiranké Sidimé remonte aux pionniers de la musique guinéenne. Elle évoque notamment Sory Kandia Kouyaté, Mory Kanté, Sékouba Bambino Diabaté, Oumou Dioubaté et Djanka Diabaté, qu’elle présente comme des artistes dont les œuvres avaient déjà franchi les frontières nationales.
« Avant moi, avant nous, en commençant par les tontons comme Sory Kandia, paix à son âme, ils ont toujours été consommés mondialement. Jusqu’à Mory Kanté, Sékouba Bambino, Oumou Dioubaté et Djanka Diabaté, ils ont toujours été vendus et consommés par les Blancs, les Noirs, dans le monde entier. »
À travers ces références, la chanteuse rappelle que la présence internationale de la musique guinéenne repose sur une histoire ancienne.
Pour elle, la reconnaissance actuelle de certains artistes à l’étranger ne doit donc pas faire oublier les générations qui avaient déjà ouvert les portes du marché mondial : « Il faut que les Guinéens sachent aujourd’hui que la musique guinéenne a toujours été internationale. »
Être distribué à l’étranger, c’est déjà être international
Tiranké Sidimé associe le caractère international d’un artiste à la commercialisation et à la consommation de ses œuvres hors de son pays. Elle estime qu’un artiste dont les productions sont distribuées dans les circuits internationaux peut légitimement être considéré comme international : « Quand tu es vendu à l’international, tu es un artiste connu à l’international. Il y a beaucoup d’artistes guinéens qui sont internationaux. »
Elle cite notamment la FNAC, où son premier album ainsi que des productions de Sékouba Bambino auraient été commercialisés.
« Mon premier album était vendu à la FNAC, produit par CDS Productions avec Syllart Productions, comme Bambino qui était vendu à la FNAC. Quand tu es vendu à la FNAC, c’est que tu es écouté dans le monde entier», rappelle t-elle.
Son argument repose donc sur des éléments concrets dont la distribution des albums à l’étranger, leur intégration dans des circuits professionnels et leur consommation par des publics de différentes nationalités.
Des œuvres parfois davantage consommées à l’étranger
L’auteur du tube Mackalé affirme également que les productions guinéennes étaient parfois plus consommées par les publics étrangers que par les mélomanes vivant en Guinée : « Les Blancs et les autres pays nous consommaient plus que les Guinéens. »
Selon elle, cette présence internationale est longtemps restée peu perceptible en Guinée, non parce qu’elle n’existait pas, mais parce que les moyens permettant de la montrer instantanément n’étaient pas encore disponibles. « Avant, on n’avait pas la possibilité d’utiliser les réseaux sociaux ni la connexion », précise la Tira Tira.
Les réseaux sociaux ont rendu visible une réalité ancienne
Pour Tiranké Sidimé, la véritable nouveauté réside donc dans la visibilité offerte par les plateformes numériques. Aujourd’hui, lorsqu’un artiste guinéen se produit en France, ailleurs en Europe ou aux États-Unis, les images circulent immédiatement et donnent au public l’impression que son internationalisation vient de commencer.
« Maintenant, avec les réseaux sociaux, quand une Guinéenne fait un concert en France, en Europe ou aux États-Unis, la population guinéenne voit cela sur les réseaux sociaux. Les gens disent alors : “Ah, telle artiste est internationale.” Ça, c’est maintenant. »
La chanteuse considère pourtant que les artistes des générations précédentes se produisaient déjà à l’étranger. Leur parcours était simplement moins visible auprès du public resté au pays.
« Ce que je veux dire aux jeunes, c’est que nous avons toujours été à l’international. » et d’ajouter : « La Guinée a toujours été présente à l’international »
Tiranké Sidimé appuie enfin son raisonnement sur les grandes salles, les tournées et les festivals auxquels des artistes guinéens participaient avant la généralisation des réseaux sociaux. Elle cite notamment le Bataclan, les États-Unis et le Festival international Nuits d’Afrique : « Nous avons fait des scènes aux États-Unis et participé à des festivals, notamment Nuits d’Afrique. La Guinée a toujours été présente à l’international. »
Elle reconnaît que la scène guinéenne continue de s’élargir grâce à l’arrivée de nouveaux artistes. Mais cette évolution, insiste-t-elle, doit être considérée comme la poursuite d’une histoire et non comme son commencement.
Son message est donc double. Saluer notamment la nouvelle visibilité de la musique guinéenne tout en rendant justice aux pionniers et aux générations qui avaient déjà porté les sonorités du pays sur le marché mondial. A ce titre, elle précisera : « Ce n’est pas maintenant que la musique guinéenne est à l’international. Nous avons toujours été à l’international. »


