Bien avant la création de l’actuel Institut supérieur des arts Mory Kanté de Dubré (ISAMK), la Guinée disposait déjà d’une école des arts à Bellevue. Dans un entretien accordé au magazine Horoya, Elhadj Amadou Bah, le directeur général adjoint chargé des études revient sur cet héritage et présente la nouvelle ambition de l’ISAMK pour la formation des artistes guinéens.
L’histoire de l’enseignement artistique en Guinée ne commence pas en 2004. Dès 1962, quatre ans après l’indépendance, une première école des arts avait été créée à Bellevue, à Conakry, sous la présidence d’Ahmed Sékou Touré. Une expérience qui n’a cependant pas duré, puisque l’établissement a ensuite fermé ses portes.
« Dans les quatre premières années de l’indépendance de la Guinée, en 1962, une école des arts a été créée à Bellevue. Mais elle n’a pas longtemps duré. Après, elle fut fermée », rappelle le directeur général adjoint chargé des études de l’Institut supérieur des arts Mory Kanté de Dubréka.
Il faudra attendre plusieurs décennies pour voir renaître une institution entièrement consacrée à la formation artistique. L’Institut supérieur des arts de Guinée est officiellement créé le 25 août 2004. En mai 2020, l’établissement prend le nom d’Institut supérieur des arts Mory Kanté de Dubréka, en hommage à l’artiste guinéen qui a contribué au rayonnement international de la musique africaine.
Pour le DGA, cette relance répond à une volonté de restaurer la place historique de la Guinée dans les arts et la culture : « Nous savons que la Guinée occupe une place de choix dans le domaine des arts et de la culture. C’est cette volonté qui a poussé les autorités du pays à créer cette école en 2004, sous le régime du général Lansana Conté », explique-t-il.
La vision de l’établissement repose notamment sur la sauvegarde et la transmission des expressions artistiques issues des différentes régions du pays.
« La vision de l’Institut est d’abord de préserver, de réhabiliter et de valoriser le patrimoine artistique et culturel de la Guinée. Chacune de nos quatre régions naturelles possède sa richesse patrimoniale, son patrimoine artistique et son patrimoine culturel », souligne le responsable universitaire.
L’ISAMK ne veut toutefois pas être uniquement un lieu de conservation de la mémoire. Dans sa nouvelle version, l’Institut entend devenir un véritable pôle de formation, de création, de recherche, d’innovation et d’entrepreneuriat artistique. Il propose des formations dans les domaines de la musique et de la musicologie, du cinéma et de l’audiovisuel, des arts dramatiques et des beaux-arts.
Cette transformation a été renforcée par l’inauguration, en octobre 2024, de nouvelles infrastructures comprenant un bloc pédagogique de 14 salles de classe, un studio de production et un espace consacré à l’innovation et à l’entrepreneuriat artistique. L’établissement envisage également d’élargir ses spécialités, de renforcer ses partenariats internationaux et d’ouvrir des programmes de master à partir de 2027. Site officiel de l’ISAMK, Gouvernement guinéen : « De 2004 à nos jours, cette école est en train de progresser. Elle est pertinente et les enseignements qu’elle dispense sont reconnus », affirme le DGA.
Plus de six décennies après l’ouverture de la première école des arts à Bellevue, l’ISAMK apparaît ainsi comme l’héritier d’une ambition ancienne. Sa nouvelle orientation consiste désormais à relier patrimoine et innovation, formation académique et pratique professionnelle, afin de préparer des artistes capables de préserver les identités culturelles guinéennes tout en trouvant leur place dans les industries culturelles et créatives contemporaines.


