Après avoir figuré parmi les quatre finalistes, le dramaturge et metteur en scène guinéen Hakim Bah a remporté le Grand Prix de Littérature dramatique 2026 pour Strokes, publié chez Quartett éditions. Une consécration majeure pour une œuvre qui transforme un drame réel en un puissant geste littéraire et politique.
Le verdict est tombé le 2 novembre 2026, au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris : Hakim Bah est le lauréat du Grand Prix de Littérature dramatique 2026. Son texte Strokes concourait aux côtés des œuvres de Jean d’Amérique, Nicolas Doutey et Laurie Guin, devant un jury présidé par la metteuse en scène Alice Vivier.
Créés et financés par le ministère français de la Culture, les Grands Prix portés par ARTCENA distinguent chaque année des textes considérés comme particulièrement représentatifs de l’écriture théâtrale contemporaine. Au-delà de la récompense financière de 4 000 euros, le dispositif accompagne la promotion et le rayonnement des œuvres primées.
Amadou Diallo au cœur de Strokes
Publié en septembre 2025 chez Quartett éditions, Strokes revient sur le destin tragique d’Amadou Diallo, un jeune Guinéen tué en 1999 à New York après avoir essuyé 41 tirs de policiers.
Hakim Bah ne se contente pas de reconstituer les faits. À travers une écriture fragmentée, poétique et incandescente, il redonne une voix au disparu et fait entendre les silences, les blessures et les interrogations laissés par sa mort. Le texte met en présence un fils exilé, une mère endeuillée et un rêve américain brutalement fracassé, tout en interrogeant la violence policière, le racisme, la mémoire et l’injustice.
Le fait divers devient ainsi matière théâtrale. Derrière les chiffres et les archives judiciaires, l’auteur restitue une humanité, une histoire familiale et une trajectoire migratoire. Avec Strokes, Amadou Diallo n’est plus seulement le nom d’une victime : il redevient un personnage, une présence et une conscience qui interpellent le monde.
Une recherche artistique prolongée sur scène
Cette tragédie nourrit depuis plusieurs années le travail d’Hakim Bah. Elle se trouve également au centre de Pourvu que la mastication ne soit pas longue, spectacle créé avec l’acrobate Juan Ignacio Tula et le musicien Arthur B. Gillette.
Dans cette forme où dialoguent récit, musique et cirque, la roue Cyr devient une image saisissante du destin : elle tourne, vacille et dessine les contours d’un monde qui semble lui-même ne plus tourner rond. La performance physique prolonge alors la parole politique sans en atténuer la violence.
Artiste associé au Théâtre du Préau, Hakim Bah doit également y porter Strokes à la scène. Le texte primé poursuit ainsi son chemin entre littérature et représentation théâtrale.
Une consécration pour le théâtre guinéen
Auteur, metteur en scène et comédien, Hakim Bah développe une œuvre traversée par les tensions sociales, les blessures de l’Histoire, les rapports de domination et les violences contemporaines. Il est également le fondateur du festival Univers des Mots, devenu l’un des espaces majeurs de promotion des écritures dramatiques en Guinée.
Son parcours est déjà marqué par plusieurs distinctions, dont le Prix RFI Théâtre obtenu pour Convulsions. Il a par ailleurs été associé à différentes institutions théâtrales et nommé expert artistique pour la France auprès de la Commission internationale du théâtre francophone.
Avec ce Grand Prix, Hakim Bah franchit une nouvelle étape. Cette récompense consacre la force singulière de son écriture, mais elle met aussi en lumière la vitalité du théâtre guinéen et la place croissante des dramaturgies africaines dans le paysage francophone contemporain.
En donnant une voix à Amadou Diallo, Hakim Bah transforme une tragédie vieille de plus de vingt-cinq ans en une œuvre de mémoire et de résistance. Avec Strokes, la scène refuse l’oubli — et la littérature dramatique retrouve l’une de ses fonctions essentielles : rendre visibles les vies que le fracas du monde menace d’effacer.


